{"id":27,"date":"2025-09-19T07:23:26","date_gmt":"2025-09-19T07:23:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/?p=27"},"modified":"2025-11-05T08:07:24","modified_gmt":"2025-11-05T08:07:24","slug":"mon-experience-du-conseil-des-prudhommes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/licenciement\/mon-experience-du-conseil-des-prudhommes\/","title":{"rendered":"Mon experience du Conseil des Prud&rsquo;Hommes"},"content":{"rendered":"\n<p>Je voudrais ici partager mon exp\u00e9rience personnelle du Conseil des Prud\u2019Hommes (CPH). Je ne vais pas \u00e9voquer ici le fond de mon affaire personnelle, mais seulement ma d\u00e9couverte de ce monde qu\u2019\u00e0 priori tout employ\u00e9 en CDI et m\u00eame en CDD devrait conna\u00eetre. En effet, nous pensons tous que si notre employeur ne respecte pas les conditions du contrat de travail ou nous licencie dans des conditions qui nous paraissent injustes, il existe une institution judiciaire, \u201cles prud&rsquo;hommes\u201d qui \u00e9tudiera les faits et en tirera rapidement les cons\u00e9quences juridiques. Mais personne ne sait exactement ce que cela signifie, comment cela se passe, ce que nous pouvons en attendre r\u00e9ellement. Comme il m\u2019a \u00e9t\u00e9 dit r\u00e9cemment, c&rsquo;est une magnifique ironie de donner \u00e0 une administration le nom d\u2019une vertue.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-1024x683.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-32\" srcset=\"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-1024x683.png 1024w, http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-300x200.png 300w, http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-768x512.png 768w, http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.png 1536w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo illustrative de ce qu&rsquo;on imagine \u00e0 priori. Les conseillers du CPH sont 4 et n&rsquo;ont pas de robes.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je vais donc raconter ici quelle a \u00e9t\u00e9 mon exp\u00e9rience personnelle au cours de cette <strong>premi\u00e8re phase <\/strong>que constitue le recours au <strong>Conseil des Prudhommes<\/strong>. Je ne parlerai que de cette premi\u00e8re partie (n\u2019ayant pas encore v\u00e9cu la deuxi\u00e8me, <strong>l&rsquo;appel<\/strong>). Le premier point est donc de bien s\u00e9parer le conseil des prud&rsquo;hommes et la cour d\u2019appel.<\/p>\n\n\n\n<p>A priori on pourrait penser qu\u2019il s\u2019agit juste de la premi\u00e8re et deuxi\u00e8me instance d&rsquo;une m\u00eame juridiction, comme pour le civil ou le p\u00e9nal. Mais une diff\u00e9rence importante existe, le CPH n\u2019est pas compos\u00e9 de juges professionnels, mais de simples employ\u00e9s et employeurs, provenant de syndicats employ\u00e9s et employeurs, nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce que je vais dire ici se base simplement sur mon exp\u00e9rience personnelle, ce que j\u2019en ai compris, ce que j\u2019ai compris de ce qu\u2019on a bien voulu m\u2019expliquer, via des \u00e9changes avec diff\u00e9rents conseils. Je peux donc me tromper. Je ne citerai aucun texte de loi. Soyez libres d&rsquo;approfondir avec un conseil juridique professionnel. Plus important, si vous pensez que mon exp\u00e9rience personnelle n&rsquo;est pas repr\u00e9sentative de la situation g\u00e9n\u00e9rale, je serais heureux de l\u2019entendre et de le faire savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon cas personnel part d&rsquo;un licenciement et je situerai donc chaque \u00e9tape dans le temps avec ce licenciement comme r\u00e9f\u00e9rence. Les d\u00e9lais sont un \u00e9l\u00e9ment important \u00e0 avoir bien en t\u00eate avant de se lancer dans l&rsquo;aventure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9p\u00f4t du requ\u00eate saisine, choix du tribunal, choix d\u2019un avocat (Licenciement + 1 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019un licenciement, comme c\u2019est mon cas, l&rsquo;entr\u00e9e dans le processus commence par le d\u00e9p\u00f4t d\u2019une <strong>saisine<\/strong> au tribunal.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient donc de choisir \u00e0 <strong>quel tribunal<\/strong> faire recours. En effet, il semble possible de choisir par rapport \u00e0 son lieu de r\u00e9sidence, le lieu d\u2019enregistrement de l\u2019entreprise, le lieu o\u00f9 le travail est r\u00e9alis\u00e9, etc. Dans de nombreux cas, ce choix n\u2019existera pas, ces lieux \u00e9tant les m\u00eames, dans mon cas le choix s\u2019est pos\u00e9: \u00e0 Paris, en relation au si\u00e8ge de l\u2019entreprise, \u00e0 Grasse, en relation \u00e0 mon lieu de travail, \u00e0 Avignon, en relation \u00e0 mon lieu de r\u00e9sidence actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce choix n\u2019est pas du tout anodin. Tout d\u2019abord il faut penser au d\u00e9lai. Le d\u00e9lai moyen d\u2019obtention d\u2019un jugement au CPH en France est de 16,3 jours selon la Cour des Comptes (lien vers le rapport \u00e0 la fin de ce texte). Cette dur\u00e9e a presque doubl\u00e9 en une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es. Mais ce d\u00e9lai varie \u00e9norm\u00e9ment suivant le tribunal. Alors que mon d\u00e9lai pour la CPH de Grasse va s\u2019approcher de ce d\u00e9lai moyen, il semble qu&rsquo;\u00e0 Nanterre, les d\u00e9lais pour le CPH peuvent \u00eatre bien sup\u00e9rieurs \u00e0 deux ans (25,2 mois dans les derni\u00e8res statistiques).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e0 priori possible et l\u00e9gal de pr\u00e9senter un recours personnellement, et de se d\u00e9fendre personnellement, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas avoir recours \u00e0 <strong>un avocat<\/strong>. Il me semble de mon experience personnelle que ceci n\u2019est pas souhaitable. Il y a des d\u00e9lais pr\u00e9cis et des formalismes \u00e0 respecter. Pourquoi pas si le r\u00e9sultat n&rsquo;est pas si important ou si on a d\u00e9j\u00e0 eu une exp\u00e9rience ant\u00e9rieure. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas mon cas, il \u00e9tait \u00e9vident pour moi d\u2019avoir recours \u00e0 un avocat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix de l\u2019avocat ne semble \u00e9galement pas anodin. J\u2019ai fait le choix d\u2019une avocate recommand\u00e9e, exp\u00e9riment\u00e9e, mais travaillant sur Paris. Plusieurs fois, on m\u2019a dit (\u00e0 voix basse et \u201centre nous\u201d, comme souvent) que peut-\u00eatre \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent avec un avocat local\u2026 Je n&rsquo;ai aucune exp\u00e9rience me permettant de comparer ces alternatives.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La saisine (Licenciement + 2 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9laboration du recours initial est important. C&rsquo;est \u00e0 ce moment o\u00f9 en \u00e9changeant avec son avocat on d\u00e9finit clairement et juridiquement ce qui nous semble \u00eatre ill\u00e9gal, sur le base de quelle l\u00e9gislation et de quels faits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour chaque \u00e9l\u00e9ment, il convient d&rsquo;\u00e9tablir les demandes, et \u00e7a se r\u00e9sume souvent \u00e0 une somme d&rsquo;argent (indemnit\u00e9s ou dommages et int\u00e9r\u00eats).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains faits, j&rsquo;y reviendrai, il existe des bar\u00e8mes l\u00e9gaux ou des jurisprudences assez pr\u00e9cises. Pour les dommages et int\u00e9r\u00eats, c&rsquo;est beaucoup plus vague. A priori, nous aurions tendance \u00e0 inclure des demandes de condamnations et demander des dommages et int\u00e9r\u00eats qui correspondent \u00e0 ce que nous estimons \u00eatre juste pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment concern\u00e9 du point de vue du commun des mortels. Mais ce n\u2019est \u00e9videmment pas la pratique. Nous ne sommes toujours pas au niveau des films am\u00e9ricains o\u00f9 on demande des millions de dommages et int\u00e9r\u00eats pour un caf\u00e9 trop chaud avec lequel on se serait br\u00fbl\u00e9, mais on s\u2019en approche. La raison est simple, les statistiques montrent que tr\u00e8s rarement le CPH (ni la cour d\u2019appel) ne condamne l&rsquo;entreprise au niveau des demandes de l&#8217;employ\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre raison s\u2019ajoute \u00e0 cela dans le cas des licenciements. Depuis quelques ann\u00e9es la loi a incorpor\u00e9 ce que nous appelons maintenant le <strong>bar\u00e8me Macron<\/strong>. Tout cela part de ce que je consid\u00e8re comme une bonne intention: les petites entreprises \u00e9taient auparavant soumises \u00e0 l&rsquo;incertitude de la justice. Une TPME pouvait \u00eatre condamn\u00e9e \u00e0 des sommes astronomiques qui mettaient en danger la survie de l\u2019entreprise. La l\u00e9gislation a donc voulu, comme c\u2019est le cas finalement pour la juridiction civile ou p\u00e9nale, indiquer une fourchette de condamnation. De la m\u00eame mani\u00e8re que pour tel crime ou d\u00e9lit, la loi pr\u00e9voit \u201cjusqu&rsquo;\u00e0 2 ans de prison et jusqu&rsquo;\u00e0 50 000 euros d\u2019amende\u201d, le bar\u00e8me Macron pr\u00e9voit pour les <strong>licenciements sans cause r\u00e9elle ni s\u00e9rieuse<\/strong>, un minimum et un maximum.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le probl\u00e8me avec ce bar\u00e8me? Ce n\u2019est pas seulement moi qui le constate, c\u2019est ce que j&rsquo;entends des diff\u00e9rents avocats avec qui j\u2019ai \u00e9chang\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ol>\n<li>Le bar\u00e8me d\u00e9pend uniquement de l&rsquo;anciennet\u00e9. Vous avez 55 ans et \u00eates vir\u00e9s ill\u00e9galement apr\u00e8s 1 an dans une entreprise, c&rsquo;est le bar\u00e8me pour 1 an d&rsquo;anciennet\u00e9 qui s\u2019applique, de la m\u00eame mani\u00e8re que si vous aviez 25 ans. Le bar\u00e8me ne d\u00e9pend en rien du type de licenciement abusif, ni de la gravit\u00e9 des faits, ni des cons\u00e9quences sur l&#8217;employ\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Le bar\u00e8me est tr\u00e8s large. Dans mon cas (26 ans d&rsquo;anciennet\u00e9) le bar\u00e8me stipule entre 3 et 18,5 mois de salaires bruts d&rsquo;indemnit\u00e9s. Au del\u00e0 du fait qu\u2019une indemnit\u00e9 de 3 mois apr\u00e8s 26 ans de services peut para\u00eetre ridicule pour un licenciement reconnu abusif, m\u00eame l&rsquo;indemnit\u00e9 de 18 mois peut para\u00eetre tr\u00e8s limit\u00e9e quand la situation est vraiment grave: ex\u00e9cution d\u00e9loyale du contrat de travail, conditions vexatoires du licenciement, rupture de la carri\u00e8re de l&#8217;employ\u00e9 apr\u00e8s de nombreuse ann\u00e9es de loyaux services, etc. M\u00eame dans les cas les plus graves o\u00f9 une vie et une carri\u00e8re seraient d\u00e9truites, le maximum s&rsquo;applique et cela ne correspond pas au mal qui a \u00e9t\u00e9 fait.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas possible dans la requ\u00eate de faire une demande sup\u00e9rieure \u00e0 ce bar\u00e8me pour ce qui concerne les indemnit\u00e9s de <strong>licenciement sans cause r\u00e9elle ni s\u00e9rieuse<\/strong> (terme juridique pour licenciement abusif, c&rsquo;est-\u00e0- dire un licenciement qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait dans les r\u00e8gles).<\/p>\n\n\n\n<p>Il a donc deux cons\u00e9quences:<\/p>\n\n\n\n<ol>\n<li>Les avocats multiplient les demandes annexes de dommages et int\u00e9r\u00eats. C\u2019est leur droit et c\u2019est le mien, de demander des dommages et int\u00e9r\u00eats pour le non respect de telle ou telle l\u00e9gislation (sur les conditions de travail, sur les cong\u00e9s, sur les heures suppl\u00e9mentaires, sur le respect des conditions de s\u00e9curit\u00e9, sur l&rsquo;ex\u00e9cution d\u00e9loyale du contrat de travail, les conditions du licenciement, etc).<\/li>\n\n\n\n<li>Les avocats demandent la consid\u00e9ration du <strong>licenciement comme nul<\/strong>. Un licenciement est consid\u00e9r\u00e9 nul, si en plus d\u2019etre sans cause reelle et serieuse, il a \u00e9t\u00e9 fait dans une situation grave ou dans le cadre du non respect d\u2019une libert\u00e9 fondamentale (par exemple, avec agression sexuelle, non respect d\u2019une condition de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical, ou aussi harc\u00e8lement moral). Dans ces cas, l\u2019application du bar\u00e8me n&rsquo;est plus obligatoire.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Le choix des demandes est donc compliqu\u00e9. Il est important car il ne pourra plus changer apr\u00e8s, m\u00eame en appel. Dans la pratique, si vous partez avec un avocat, ne soyez pas \u00e9tonn\u00e9s que les demandes soient sup\u00e9rieures \u00e0 ce que vous auriez estim\u00e9 devant \u00eatre le r\u00e9sultat final. Cel\u00e0 est devenu une habitude afin de fournir un point de d\u00e9part de n\u00e9gociation sur lequel il est possible de baisser, et un point de d\u00e9part sur lequel le CPH d\u00e9cidera dans tous les cas \u00e0 la baisse. Pour une personne honn\u00eate et rationnelle, tout ceci appara\u00eetra \u00e9tonnant, voire ridicule, mais ce ne sera pas la derni\u00e8re chose \u00e0 l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La requ\u00eate initiale inclut une description des faits et des pi\u00e8ces soutenant ces faits, mais il n\u2019y a rien de d\u00e9finitif. Plus tard, dans les <strong>conclusions<\/strong>, ces \u00e9l\u00e9ments pourront \u00eatre compl\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A part la liste, l&rsquo;intitul\u00e9 des demandes et les sommes demand\u00e9es, je n\u2019ai pas vu que quoi que ce soit soit vraiment important dans la requ\u00eate initiale. Ni la partie adverse n\u2019en tient compte, ni le tribunal.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de pr\u00e9senter la requ\u00eate dans le d\u00e9lai autoris\u00e9 apr\u00e8s les faits, \u00e9videmment, comme pour toute action en justice.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Bureau de Conciliation et d&rsquo;Orientation (BCO) (licenciement + 5 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re chose que fera le tribunal sera de donner une date pour le <strong>bureau de conciliation<\/strong>. Dans mon cas, environ 3 mois apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la requ\u00eate. En effet, la justice (dans tous les domaines) s\u2019organise maintenant autour de l&rsquo;id\u00e9e que pour d\u00e9sembouteiller cette administration il convenait d\u2019inviter les parties \u00e0 n\u00e9gocier. Cela me semble \u00e9trange, vu qu&rsquo;\u00e0 la base, au moins dans mon cas, mais je pense quasi tout le temps, on a recours au tribunal car il a \u00e9t\u00e9 impossible de trouver un accord malgr\u00e9 toutes les tentatives de n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc comme je l\u2019imaginais cette partie n\u00e9gociation n\u2019a men\u00e9 \u00e0 rien. D\u00e9j\u00e0, cette discussion de n\u00e9gociation se fait dans le secret des avocats. Donc entre deux personnes qui obligatoirement connaissent moins bien la situation et qui prennent leur temps entre conversation et conversation. (on pourrait imaginer que ces point sont des avantages, il ne me semble pas que ceci ait \u00e9t\u00e9 le cas pour moi).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon cas, mon ex-employeur n\u2019a rien propos\u00e9 de plus que ce qui avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 avant d\u2019avoir recours au CPH: une <strong>transaction<\/strong> (nom utilis\u00e9 pour une indemnit\u00e9 \u00e9conomique r\u00e9sultant d\u2019un accord entre les parties) bien faible par rapport au pr\u00e9judice, et un discours ambigu (<em>\u201cnous sommes conscients que des fautes ont \u00e9t\u00e9 commises, raison pour laquelle nous proposons de n\u00e9gocier, mais \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas car certaines instances de l\u2019entreprise refusent d\u2019aller plus haut\u201d<\/em> (good cop, bad cop?)).<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai pourtant tr\u00e8s humblement l&rsquo;impression d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 ouvert \u00e0 la n\u00e9gociation en proposant d&rsquo;accepter un accord inf\u00e9rieur \u00e0 la moiti\u00e9 des demandes de la requ\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour du BCO, nous n\u2019avons donc aucun accord. Trois mois pour deux ou trois \u00e9changes t\u00e9l\u00e9phoniques, c&rsquo;est beaucoup trop long.<\/p>\n\n\n\n<p>Une session est organis\u00e9e au tribunal devant deux juges (un repr\u00e9sentant des employeurs et un repr\u00e9sentant des employ\u00e9s) qui ne seront pas ceux qui jugeront plus tard sur le fond.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette session passe bien trop vite (une dizaine de minutes?)<\/p>\n\n\n\n<p>Mon employeur ne se pr\u00e9sente pas, ni m\u00eame son avocate qui a envoy\u00e9 une avocate de substitution qui ne connait absolument rien au dossier. Ce n&rsquo;est pas l\u00e9galement obligatoire pour l&rsquo;entreprise d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sente bien que le conseil le lui reproche, lui disant que <em>\u201cici on prend la n\u00e9gociation au s\u00e9rieux, et l\u2019entreprise qui ne vient pas, montre son absence de s\u00e9rieux\u201d<\/em>. Dans la pratique cela ne change rien, la substitute de l&rsquo;avocate de mon ex-employeur semble \u00eatre habitu\u00e9e \u00e0 se faire r\u00e9primander de la sorte. Elle ne connait rien du tout au dossier et vient en fait tout simplement pour obtenir une \u201c<strong>date de mise en \u00e9tat<\/strong>\u201d.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 est le probl\u00e8me, me semble-t-il: le tribunal n\u2019a aucun moyen pour inciter les parties \u00e0 n\u00e9gocier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe deux raisons pourtant qui encouragent \u00e0 n\u00e9gocier au moment du BCO:<\/p>\n\n\n\n<ol>\n<li>Ce qui est n\u00e9goci\u00e9 lors du BCO peut ensuite \u00eatre ent\u00e9rin\u00e9 par le CPH. Il s\u2019agit alors d\u2019une d\u00e9cision de justice et non pas d\u2019une transaction et le traitement social et fiscal est bien diff\u00e9rent. Cela donne donc \u00e0 priori une marge de man\u0153uvre plus grande pour la n\u00e9gociation: l\u2019entreprise peut proposer plus sans que \u00e7a lui co\u00fbte plus, et l&#8217;employ\u00e9 recevoir plus en net apr\u00e8s imp\u00f4ts.<\/li>\n\n\n\n<li>Cela permet de r\u00e9soudre le diff\u00e9rend imm\u00e9diatement, sans avoir \u00e0 attendre le d\u00e9lai du CPH puis \u00e9ventuellement le d\u00e9lai de l\u2018appel. \u00c9galement, \u00e7a \u00e9limine les al\u00e9as de la d\u00e9cision du CPH.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Ces deux motivations sont toutes th\u00e9oriques et elles n\u2019ont eu aucun effet dans ma situation face \u00e0 une grande entreprise multinationale. Il en aurait peut \u00eatre \u00e9t\u00e9 autrement avec une petite entreprise qui aurait peut \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un accord connu et rapide qu\u2019une incertitude sur la d\u00e9cision et le moment o\u00f9 la d\u00e9cision sera prise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon cas, il semble que le fait que la proc\u00e9dure dure longtemps soit plut\u00f4t vu comme positif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab\u00a0jury\u00a0\u00bb me pose quelques questions. (Je dis jury car c&rsquo;est le terme commun que nous utiliserions tous, mais ici c&rsquo;est le conseil).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entends une remarque d\u2019un des juges se rappelant que dans mon dossier, une enqu\u00eate du CSSCT a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e et conclue largement en ma faveur. Cela me para\u00eet prometteur. Le conseil constate donc l\u2019absence de n\u00e9gociation et nous donne une date de mise en \u00e9tat, grosso modo 3 mois plus tard. Cette date correspond au moment o\u00f9 le conseil se r\u00e9unira pour v\u00e9rifier que les avocats ont fini de s&rsquo;\u00e9changer leurs conclusions et leurs pi\u00e8ces et qu&rsquo;une date d\u2019audience peut \u00eatre \u00e9tablie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sident m\u2019explique cela puis fait un commentaire de conclusion que je comprends comme <em>\u201cvotre dossier est solide mais soyez bien conscient que le tribunal peut ne pas accorder l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de vos demandes\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les \u00e9changes de conclusions et les pi\u00e8ces (licenciement + 6-9 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de la conciliation viennent les \u00e9changes entre avocats sous la forme de <strong>conclusions<\/strong>. Le BCO nous avait donn\u00e9 trois mois, mais si un des avocats prend du retard, ou si vous choisissez de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019avocat de la d\u00e9fense, il aura de nouveau un droit de r\u00e9ponse et les d\u00e9lais s&rsquo;allongent encore. Dans mon cas, la mise en \u00e9tat a eu lieu presque 2 mois plus tard en raison d\u2019un deuxi\u00e8me tour de conclusions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les conclusions sont un document r\u00e9alis\u00e9 par votre avocat, qui reprend la requ\u00eate initiale mais d\u00e9taille chacune des demandes, <strong>en droit<\/strong> et <strong>en fait<\/strong>. Cela veut dire que pour chaque \u00e9l\u00e9ment:<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>En droit: elle explique quels sont les textes de lois sur lesquels reposent la demande, mais \u00e9galement les \u00e9l\u00e9ments de jurisprudence applicables. Par exemple, si vous avez \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 par email, il sera rappel\u00e9 quel article de loi d\u00e9finit la fa\u00e7on exacte dont le licenciement doit \u00eatre notifi\u00e9 (lettre recommand\u00e9e qui inclut les raison pr\u00e9cises du licenciement, etc) ainsi que les diff\u00e9rentes d\u00e9cisions de la cours de cassation qui d\u00e9finissent une <strong>jurisprudence<\/strong> (un jugement o\u00f9 la cours de cassation a bien dit que l\u2019annonce de la sortie de l\u2019entreprise \u00e0 l&#8217;employ\u00e9 par un mail n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e9gale, etc).&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>En fait: ensuite, elle explique les faits tels qu\u2019ils ont eu lieu. C&rsquo;est ici que sont importantes les <strong>pi\u00e8ces<\/strong> rapport\u00e9es. La premi\u00e8re recommandation qui ressort de mon exp\u00e9rience est de bien tout garder, m\u00eame les mails\/slacks les plus anodins, et d\u00e8s le d\u00e9part. C\u2019est un climat de m\u00e9fiance, malheureusement, mais le fait de savoir comment les choses vont se passer apr\u00e8s nous oblige \u00e0 \u00eatre dans ce climat de m\u00e9fiance. Aucune chance de se baser sur \u201cuntel a dit\u201d. Non, il faut une copie du mail ou sinon, aucune chance que ce soit pris en compte. Les simples t\u00e9moignages semblent \u00eatre ignor\u00e9s. Au CPH en tout cas, il semble (de mon exp\u00e9rience) que le conseil consid\u00e8re les t\u00e9moignages comme sans int\u00e9r\u00eat. D\u2019ailleurs, votre entreprise peut apporter des t\u00e9moignages mensongers sans trop prendre de risque, donc il est compr\u00e9hensible que les t\u00e9moignages ne soient pas consid\u00e9r\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Une chose importante dans cette phase \u00e0 laquelle il faut \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 est le caract\u00e8re outrancier et mensonger des conclusions de la d\u00e9fense. Je pensais \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 au pire, que des \u00e9l\u00e9ments soient d\u00e9form\u00e9s, que des pseudos casseroles (apr\u00e8s 26 ans) soient rapport\u00e9es, mais je ne m&rsquo;attendais pas du tout \u00e0 ce niveau d&rsquo;agressivit\u00e9 dans la d\u00e9formation des choses. Et je ne m&rsquo;attendais pas \u00e0 ce que mon avocate me dise que nous ne pouvions absolument rien y faire. Je veux dire par l\u00e0 que je comprenais bien que ceci \u00e9tait possible durant le proc\u00e8s, mais je m&rsquo;attendais \u00e0 ce que, au moment o\u00f9 il serait d\u00e9montr\u00e9 que tout ceci est une fabrication mensong\u00e8re, la compagnie puisse \u00eatre sanctionn\u00e9e, l\u2019avocate bl\u00e2m\u00e9e. Mais il n\u2019en est rien. Chaque partie peut mentir aussi honteusement qu&rsquo;elle le veut, \u00e0 priori pas dans les pi\u00e8ces, mais dans la description et l&rsquo;interpr\u00e9tation des faits. Elle peut inventer des faits faux sans aucune cons\u00e9quence si elle ne produit pas de fausse pi\u00e8ce en appui. Et m\u00eame au niveau des pi\u00e8ces, ils seraient attaquables si ils falsifient des pi\u00e8ces, mais rien ne leur emp\u00eache d\u2019apporter des t\u00e9moignages et m\u00eame des attestations l\u00e9gales mensong\u00e8res. Je comprends de mes conseils qu\u2019il n\u2019y a aucun recours l\u00e9gal r\u00e9aliste l\u00e0-dessus. M\u00eame si une personne pr\u00e9sente une attestation judiciaire sign\u00e9e de sa main, sachant que la fausse d\u00e9claration est punie d\u2019amende et d&#8217;emprisonnement, tout le monde semble savoir que ceci n\u2019arrivera jamais, qu&rsquo;engager une proc\u00e9dure au p\u00e9nal est vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette phase a \u00e9t\u00e9 la plus dure pour moi. Comment, quand tu d\u00e9nonces des faits, m\u00eame si tu as des pi\u00e8ces nombreuses d\u00e9montrant mat\u00e9riellement les faits, faire valoir que tu as raison si finalement, l\u2019autre partie racontera une histoire parall\u00e8le d\u00e9lirante. Il ne reste qu&rsquo;\u00e0 faire confiance au tribunal pour s\u00e9parer le vrai du faux. Et \u00e0 ce moment tu t&rsquo;accroches encore \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9change \u00e0 l&rsquo;audition (qui n&rsquo;aura pas lieu, comme nous verrons apr\u00e8s) qui te permettra de s\u00e9parer clairement le vrai du faux.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc tu souhaites \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9cis, et cela am\u00e8ne \u00e0 vouloir faire de nouvelles conclusions pour r\u00e9pondre aux \u00e9lucubrations. Mais la mise en \u00e9tat est d\u00e9cal\u00e9e. Et de toute fa\u00e7on \u00e0 tes nouvelles conclusions, la d\u00e9fense apporte de nouvelle conclusions. Il est facile de comprendre que cela n\u2019aura pas de fin, que l\u2019entreprise aura toujours le dernier mot. Et que chaque conclusion finalement ne fait que rajouter du contenu rendant plus difficile la compr\u00e9hension par le conseil de la r\u00e9alit\u00e9 de la situation. Dans mon cas concret, les conclusions de mon c\u00f4t\u00e9 font une cinquante de page avec presque une soixantaine de pi\u00e8ces (certaines de plusieurs pages). Celles de la d\u00e9fense une quarantaine de pages et une quarantaine de pi\u00e8ces. Tout cela avec plein de <em>personnages<\/em>, de situations, d\u2019acronymes, de noms d&rsquo;\u00e9quipes et de produits. Combien de temps faudrait-il r\u00e9ellement pour lire, \u00e9tudier et comprendre ? De combien de temps disposent r\u00e9ellement les membres du conseil. Je ne sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mise en \u00e9tat (licenciement + 9 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tape n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une date. Pas de pr\u00e9sence au tribunal, juste un moment o\u00f9 les deux avocats confirment n\u2019avoir \u201cplus rien a dire\u201d (ou plus rien envie de dire pour ne pas complexifier les choses). Le tribunal constate alors que tout est pr\u00eat pour l\u2019audience et une date d\u2019audience est donn\u00e9e, dans mon cas, 3 mois plus tard, soit quasiment jour pour jour 1 an apr\u00e8s le licenciement.<strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Audience (licenciement + 12 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le jour pour lequel j\u2019ai le plus stress\u00e9, car je m&rsquo;attendais \u00e0 une audience correspondant \u00e0 l&rsquo;image que j&rsquo;ai d&rsquo;un proc\u00e8s, avec le conseil qui pose des questions, une certaine interaction profitant de la pr\u00e9sence des parties dans la m\u00eame salle. Si j\u2019avais lu un document comme celui-ci, cela n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas. En effet, il n\u2019y a rien \u00e0 attendre ni en bien ni en mal de cette audience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux avocates sont pr\u00e9sentes. L\u2019audience est publique et n&rsquo;importe qui peut \u00e9galement y assister. L\u2019entreprise n\u2019est pas pr\u00e9sente, n\u2019a envoy\u00e9 personne d\u2019autre que son avocate. Mon avocate me demande de m\u2019enregistrer aupr\u00e8s du greffe avec ma carte d&rsquo;identit\u00e9 pour pouvoir r\u00e9pondre aux questions du conseil. Mais le conseil n\u2019a fait aucune question. Chaque avocate, la mienne puis celle de l\u2019entreprise, chacune leur tour en une grosse quinzaine de minutes, ont r\u00e9sum\u00e9 leurs conclusions. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 dit qui n\u2019est pas dans les conclusions. M\u00eame quelques erreurs ont \u00e9t\u00e9 faites entre les conclusions et le discours (m\u00e9lange de noms ou de dates). Personne n&rsquo;a rien dit et je suis probablement le seul \u00e0 m&rsquo;en rendre compte. Je suis donc le seul \u00e0 conna\u00eetre les faits, assis dans la salle, sans pouvoir intervenir et \u00e0 \u00e9couter les avocats parler de moi et de l\u2019entreprise sans pouvoir intervenir, sans pouvoir corriger quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conseil n\u2019a pos\u00e9 aucune question, ni \u00e0 moi, ni aux avocats. La pr\u00e9sidente n\u2019aura parl\u00e9 que pour demander \u00e0 mon avocate de conclure, son expos\u00e9 lui paraissant trop long (il faut r\u00e9sumer 26 ans de relations de travail en 15 minutes, pas plus).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Honn\u00eatement, je n\u2019ai pas eu l\u2019impression qu\u2019un quelconque des 4 membres du conseil (deux de syndicats employ\u00e9s et deux de syndicats employeurs donc) aient pris la moindre note. Ils avaient l\u2019air d&rsquo;\u00e9couter les avocats, en tout cas ils les regardaient. Peut-\u00eatre n&rsquo;ont-ils pas pris de notes car il avaient lu les conclusions o\u00f9 tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 ? Peut-\u00eatre que leur d\u00e9cision \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 prise ? Peut-\u00eatre pensaient-ils \u00e0 leur d\u00eener du soir ou \u00e0 leurs vacances? Je n\u2019en sais franchement rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment int\u00e9ressant de mon exp\u00e9rience de l\u2019audience au tribunal est qu&rsquo;en arrivant et en voyant l\u2019ordre de passage (4 ou 5 audiences dans la matin\u00e9e me semble-t-il), je vois \u00e9galement les noms des jur\u00e9s et un d\u2019eux me dit quelque chose. Apr\u00e8s une recherche rapide, je vois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un ex-DRH de mon ex-entreprise&#8230; Conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eat clair. Il s&rsquo;av\u00e8rera qu\u2019un rempla\u00e7ant \u00e9tait pr\u00e9vu pour mon audience. \u00c9videmment, mon avocat aurait pu demander sa r\u00e9cusation mais l&rsquo;audience aurait \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9e et les d\u00e9lais encore rallong\u00e9s. L\u2019ex-DRH de mon ex-entreprise passera tout de m\u00eame la journ\u00e9e compl\u00e8te avec les autres membres du conseil, il est au m\u00eame tribunal et il n\u2019est donc pas du tout exclu qu\u2019il puisse avoir une influence sur la d\u00e9cision qui me concerne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment de cette journ\u00e9e est que quand mon avocate a, avant l\u2019audience, \u00e9voqu\u00e9 ce probl\u00e8me du conseil \u00e0 la partie adverse, l\u2019avocate de la partie adverse m&rsquo;a dit, les yeux dans les yeux: <em>\u201dde toute fa\u00e7on cette audience ne sert \u00e0 rien, nous savons tous qu\u2019il y aura appel\u201d.<\/em> Avant m\u00eame d&rsquo;avoir prononc\u00e9 ou \u00e9cout\u00e9 le moindre mot de plaidoirie.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, plusieurs personnes, dont mon avocate, m&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, d\u2019une part, du caract\u00e8re al\u00e9atoire des d\u00e9cisions du CPH, en raison des jur\u00e9s non professionnels mais aussi du fait que les grosses entreprises, pour la moindre condamnation, vont en appel. Malheureusement avant ce jour et ce moment o\u00f9 cette avocate me le dit en face \u00e0 face, je n\u2019avais pas compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 que toute cette premi\u00e8re phase ne servait \u00e0 rien, comme la phase de n\u00e9gociation ant\u00e9rieure. C\u2019est juste un ou deux ans qui servent de <em>tour de chauffe<\/em>, dont les r\u00e9sultats seront ignor\u00e9s et qu\u2019il me faudra donc qu\u2019il m\u2019en plaise ou pas, passer par l\u2019appel et donc grosso modo 3 ans de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose qui m\u2019a parue positive est que \u00e0 la fin de l&rsquo;audience la pr\u00e9sidente du conseil annonce que je jugement sera rendu \u201cseulement\u201d 3 mois plus tard. En effet, comme dit auparavant, dans certains tribunaux prud&rsquo;hommes, les d\u00e9lais peuvent \u00eatre bien plus longs. Mon avocate et moi sommes donc satisfaits. Je serai donc patient pendant trois mois de plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jugement (licenciement + 15 mois)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le jour o\u00f9 le jugement doit \u00eatre rendu, je m\u2019attends innocemment \u00e0 ce que mon avocate puisse avoir le jugement et me le partager. Ce n\u2019est pas le cas. Ce n\u2019est que quelques jours apr\u00e8s qu\u2019elle peut obtenir et me donner un <strong>extrait<\/strong> de la d\u00e9cision finale (\u201cl\u2019entreprise est condamn\u00e9e \u00e0 ceci mais pas \u00e0 cela\u201d). La d\u00e9cision est \u00e9tonnante et difficile \u00e0 comprendre, semblant incoh\u00e9rente (je gagne, l&rsquo;entreprise est condamn\u00e9e \u00e0 des dommages et int\u00e9r\u00eats importants mais le licenciement n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 abusif\u2026), mais nous n&rsquo;avons pas le jugement complet qui inclut la description des raisonnements du conseil. Pour cela il faut de nouveau attendre. Le jugement complet est envoy\u00e9 par courrier recommand\u00e9. J\u2019apprends alors que pour certains CPH cela peut prendre jusqu&rsquo;\u00e0 six mois de plus! J&rsquo;ai de la chance car on me dit que dans mon CPH cela devrait prendre au maximum un mois pour envoyer ce recommand\u00e9! Et ce n\u2019est qu\u2019au moment o\u00f9 la d\u00e9cision est notifi\u00e9e et que vous signez le recommand\u00e9 que commence le d\u00e9lai de 1 mois pour faire appel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La dur\u00e9e totale aura donc \u00e9t\u00e9 d\u2019environ 16 mois, comme la moyenne nationale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019appel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la vue de la d\u00e9cision, il appara\u00eet clair que je ferai appel et mon ex-employeur le fera \u00e9galement comme il avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 par la voix de son avocate le jour de l\u2019audience. Je repars donc pour 3 ans, environ.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai \u00e9videmment pas encore l&rsquo;exp\u00e9rience de l\u2019appel, et je dois m&rsquo;en tenir \u00e0 ce que me disent diff\u00e9rents avocats et le rapport de la Cour des Comptes. Presque 70% des d\u00e9cisions de CPH sont recourrues en appel, et presque dans 70% des cas, l\u2019appel infirme au moins pareillement la d\u00e9cision. Ce qui se r\u00e9sume \u00e0 dire que dans seulement dans une minorit\u00e9 de situations le processus de CPH est r\u00e9ellement utile est conclu le processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci serait d\u00fb, me dit-on, au fait que les juges d&rsquo;appel sont professionnels et d\u00e9cident uniquement sur la base des lois et des pi\u00e8ces\u2026. Commentaire \u00e9tonnant car c&rsquo;est ce qu&rsquo;on attendrait, il me semble, de tous les \u00e9chelons de la justice.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il a du paraitre \u00e9vident de la description de mon exp\u00e9rience que celle ci m\u2019est apparue d\u00e9cevante. En particulier, le fait de ne pas \u00eatre conscient (malgr\u00e9 les dires de mon avocate, de conseils, d\u2019amis) de la r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9lais et r\u00e9sultats statistiquement habituels, m\u2019a fait attendre beaucoup plus de cette phase que ce que j&rsquo;aurais d\u00fb en attendre. Certainement, les conditions particuli\u00e8res de ma situation (avec une grosse entreprise qui dispose d\u2019un cabinet d\u2019avocat, pour un pr\u00e9judice et un d\u00e9saccord important) rendent le cas plus sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour des Comptes affirme que le nombre de requ\u00eates \u00e0 CPH est en diminution. Une explication qui me para\u00eet tout \u00e0 fait raisonnable est que la charge \u00e9motionnelle \u00e0 supporter ainsi que les d\u00e9lais, le travail \u00e0 faire et le c\u00f4t\u00e9 al\u00e9atoire des r\u00e9sultats ne sont pas tr\u00e8s engageants. J&rsquo;aurais tendance \u00e0 penser que beaucoup abandonnent leur pr\u00e9tention \u00e0 la justice. Un peu comme ces gens qui ne se soignent plus dans les d\u00e9serts m\u00e9dicaux. Cel\u00e0 n&rsquo;indique en rien qu&rsquo;ils sont en bonne sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est donc en rien un objet de satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela \u00e9tant dit, si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 refaire, je referais exactement la m\u00eame chose, avec juste un peu moins de na\u00efvet\u00e9 sur les d\u00e9lais et r\u00e9sultats. J&rsquo;ai gagn\u00e9 au CPH et je gagnerai encore plus compl\u00e8tement en appel. Il est probablement mieux d&rsquo;avoir cru que cela aurait pu ne durer qu&rsquo;un an et demi. Il aurait \u00e9t\u00e9 plus dur de partir directement pour 4 ou 5 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de mon exp\u00e9rience personnelle, il appara\u00eet clair que les prud&rsquo;hommes sont dysfonctionnels. La France a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e de nombreuses fois par la Cour Europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme l\u00e0 dessus. Obtenir une d\u00e9cision finale 5 ou 6 ans apr\u00e8s les faits, ce n&rsquo;est pas de la justice. Il me semble que tout le monde dans le milieu soit au courant, et comme dans beaucoup de situations similaires, chacun affirme individuellement ne rien pouvoir y faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport de la cours des comptes: <a href=\"https:\/\/www.ccomptes.fr\/sites\/default\/files\/2023-10\/20230622-S2023-0498-Conseils-de-prudhommes_0.pdf\">https:\/\/www.ccomptes.fr\/sites\/default\/files\/2023-10\/20230622-S2023-0498-Conseils-de-prudhommes_0.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je voudrais ici partager mon exp\u00e9rience personnelle du Conseil des Prud\u2019Hommes (CPH). Je ne vais pas \u00e9voquer ici le fond de mon affaire personnelle, mais seulement ma d\u00e9couverte de ce monde qu\u2019\u00e0 priori tout employ\u00e9 en CDI et m\u00eame en CDD devrait conna\u00eetre. En effet, nous pensons tous que si notre employeur ne respecte pas &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/licenciement\/mon-experience-du-conseil-des-prudhommes\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Mon experience du Conseil des Prud&rsquo;Hommes&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27\/revisions\/58"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.saintjeaume.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}