En ces temps d’élections syndicales, je voudrais partager mon expérience décevante avec la CFDT IBM. Alors qu’elle avait bien débuté, la fin a été extrêmement décevante.
Je partage ici mon vécu de la situation comme cela est mon droit. Mon unique intention est que cela serve à d’autres.
Je n’inclue aucun extrait ni transcription de mails ou conversations privées. Je dispose évidemment des éléments prouvant chacun des évènements présentés.
Durant la période de recherche de reclassement suite à ma déclaration d’inaptitude et mon licenciement, j’ai eu le soutien unanime de tous les délégués du personnel. Je reproduis à titre d’exemple, à la fin de ce texte, la motion présentée et votée à l’unanimité des représentants du personnel.
J’ai eu un appui particulièrement régulier et utile d’une déléguée CFE-CGC et d’un délégué CGT.
Cependant, concernant la CFDT, après une aide initiale similaire à celle des autres syndicats, mon expérience finale a été désastreuse.
La réunion CSE
Lors de la réunion du CSE sur mon reclassement, suite à une question d’une déléguée UNSA, le représentant de la direction a répondu sans équivoque que la direction était consciente d’agissements répréhensibles et l’avait fait comprendre à mon management américain.
Voici un extrait du procès-verbal de cette réunion du CSE.
Cette réponse étonnamment franche de la part de la direction en a surpris plus d’un. En effet, selon cette affirmation, reprise mot pour mot dans le compte rendu rédigé de manière indépendante et approuvé à l’unanimité, la direction reconnaissait que mon management américain (pas n’importe quel manager, mais bien celui directement concerné par mon cas) avait eu des agissements répréhensibles (pas juste légèrement déplacés), notamment (et donc pas uniquement) dans le cas des publications.
Malheureusement, lors du procès au CPH, ce même représentant de la direction a rédigé une attestation juridique officielle (donc passible de poursuites pénales si elle est mensongère: 1 an d’emprisonnement et 15000 euros d’amende), dans laquelle il affirmait que non, il ne faisait pas référence à mon cas précis, mais que de manière générale “les pratiques de management acceptables en France étaient fréquemment communiquées aux managers extraterritoriaux”. Chacun appréciera.
Les témoins délégués CFDT
Ceci est d’autant plus surprenant qu’un délégué CFDT m’a lui-même confié avoir entendu de la bouche de ce représentant de la direction, en dehors du contexte officiel de la réunion du CSE :
- qu’il faisait bien référence à mon cas personnel,
- qu’une des personnes concernées aurait reçu un blâme (sans confirmer ce que cela impliquait exactement),
- et qu’après s’être rendu compte de son affirmation au CSE, ce représentant aurait été sévèrement rappelé à l’ordre par sa hiérarchie.
Évidemment, toutes ces informations auraient été déterminantes pour démontrer sans aucun doute possible le harcèlement dont j’ai été victime. J’ai donc demandé à ce délégué CFDT s’il accepterait de m’aider via son témoignage.
J’ai alors appris qu’ils étaient deux délégués à avoir été présents à ce moment et après quelques semaines de réflexion, ils m’ont finalement fait comprendre “qu’ils ne feraient pas d’attestation” car cela risquait de “mettre à mal la relation avec la direction”.
Autrement dit, deux délégués CFDT, apparemment témoins de faits accablants qui prouveraient l’existence du harcèlement, et même au-delà, qui auraient mis à jour la gestion de cette situation par la direction, affirment penser que témoigner n’apporterait rien et affirment préférer se taire afín de préserver leur relation avec la direction [!].
Il me semble, de mon côté, et comme cela est confirmé par tous les experts judiciaires interrogés, que justement les témoignages sont là pour faire savoir quelque chose quand il n’y a pas de preuves écrites. S’il y avait des écrits, il n’y aurait pas besoin de ce témoignage. Par ailleurs, il me semble évident que c’est justement le rôle d’élus syndicaux, employés protégés par la loi, d’agir dans ce genre de situations.
À partir de ce moment, ce délégué a cessé de me répondre, que ce soit par mail ou par téléphone.
Un dernier essai avec la CFDT
Mais les choses ne s’arrêtent pas là. J’ai contacté un troisième délégué CFDT avec qui j’ai eu un échange apparemment constructif et bienveillant.
Il apparaît, selon ce qui m’est affirmé, que lors de ces échanges autour de mon dossier, il a bien été reconnu (en dehors de la réunion officielle) qu’un manager avait reçu un « blâme ». Mais quand des précisions ont été demandées, il est apparu qu’en réalité, ce « blâme » n’avait probablement eu aucune conséquence réelle sur sa carrière.
Il m’a aussi été rapporté que le représentant de la direction, après avoir “trop parlé” en réunion, aurait lui-même été durement recadré par ses supérieurs [!]
Enfin, certains délégués CFDT, présents lors de ces échanges et donc en mesure de confirmer ces faits, ont préféré garder le silence pour préserver leurs relations avec la direction, plutôt que d’apporter leur témoignage dans le cadre de mon affaire de harcèlement.
Il m’est également dit, innocemment, que le syndicat et la direction, selon les dires de ce délégué, entretiendraient de bonnes relations. Je te préviens de ceci et tu me préviens de cela.
Visiblement gêné par l’attitude de son syndicat face à un salarié harcelé (et licencié depuis), ce troisième délégué m’a promis de tenter différentes démarches pour m’aider. Je vous laisse deviner la suite : je n’ai jamais eu de nouvelles. Il n’a plus répondu à mes appels ni à mes SMS.
Conclusions
Comme évoqué dans un autre post. J’ai gagné mon procès en CPH sur l’exécution vexatoire du licenciement et l’exécution déloyale du contrat de travail et de l’obligation de sécurité. Mais le harcèlement n’a pas été retenu. Il ne fait aucun doute qu’avec ce témoignage les choses auraient été différentes. D’ailleurs, j’apporterai ces éléments (mails et enregistrements) à la procédure d’appel.
Peut-être en serais-je resté à une déception amère face à cette attitude inattendue de personnes censées défendre les salariés — d’autant qu’elles publient elles-mêmes des mises en garde sur le “harcèlement moral institutionnel” dans l’entreprise, en appelant les victimes à les contacter (https://www.cfdt-ibm.org/7870/) . Mais j’apprends aujourd’hui que, interrogé sur mon cas, ce même troisième délégué se décharge de toute responsabilité en affirmant que “j’aurais mal géré les choses”. Je l’ai appelé afin qu’il m’explique comment j’aurais pu et dû mieux faire, mais il ne m’a évidemment pas répondu.
Voilà. Je laisse donc chacun se faire sa propre idée et en tenir compte au moment de voter pour ces élections syndicales.
Je tiens à signaler que j’ai également essayé de contacter la CFDT pour leur faire part de la situation. Durant deux mois j’ai été renvoyé d’un numéro à un mail puis à un autre. La confédération me dit que c’est un problème de la section métallurgie, les Alpes maritimes me renvoyant sur la Gironde, etc.
Je reste ouvert à la communication et si un responsable CFDT pense que cette expérience n’est pas représentative, je l’invite à me contacter.
J’invite également toute autre personne intéressée, ou ayant un doute sur la véracité de mes propos, à me contacter directement. Je pourrai alors détailler davantage les faits dans le cadre d’une conversation privée.
Motion votée à l’unanimité des délégués du personnel:
« La Direction d’IBM France SAS, lors des deux réunions d’information en vue de consultation sur les possibilités de reclassement d’un salarié du CSE Centre-Sud suite à l’inaptitude médicalement constatée par le médecin du travail, a présenté aux membres du CSE sept postes de reclassement, « validés par le médecin du travail ».
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud s’interrogent sur l’exhaustivité des éléments donnés par la Direction d’IBM France à la Médecine du travail, notamment en ce qui concerne les « band » IBM (grades).
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud déplorent que les offres de reclassement soient proposées à un niveau de « band 8 ou 9”, soit 1 à 2 « bands » (grade en langage IBM) en dessous de son « band » actuel (band 10), ce qui pourrait avoir comme conséquence une diminution de salaire.
Malgré leurs demandes, les membres du CSE n’ont reçu aucune garantie de maintien de salaire. (Nota : le « band » est un langage interne IBM qui a été décrit par la Direction d’IBM France comme un « grade ».)
Les élus et représentants syndicaux rappellent que le Code du travail exige des propositions de « postes équivalents » et s’interrogent donc sur l’adéquation des postes proposés avec ce point de droit.
La préconisation de la médecine du travail étant de soustraire le salarié à des problèmes avec sa hiérarchie, les élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud n’ont pas constaté de velléité de la Direction d’IBM France de maintenir le salarié à son poste et de le protéger par rapport à sa hiérarchie, non française, qui pose problème.
Pour appuyer nos propos, nous rappelons que la loi française sur le harcèlement a changé récemment et contraint maintenant à déplacer le harceleur plutôt que le harcelé. (Décret n° 2023-782 du 16 août 2023).
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud rappellent que ce salarié, avant ces problèmes, était considéré comme un « top performer » par IBM. N’ayant pas eu connaissance des rapports d’enquêtes internes d’IBM malgré notre demande (motion 2 du CSE extraordinaire du 8 décembre 2023), les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud ne peuvent que se poser des questions sur le fond du problème.
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud déplorent que la loi contraigne le CSE à donner un avis sur les conséquences sans avoir les moyens légaux de questionner les causes.
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud déplorent que les offres de reclassement proposées contraignent toutes le salarié à être positionné sur un métier à des centaines de kilomètres de son lieu de résidence actuel. Malgré leurs demandes, les membres du CSE n’ont reçu aucune garantie qu’il serait proposé un aménagement des conditions de travail à distance pour les postes proposés.
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud redoutent que de telles propositions de reclassement soient considérées comme des provocations supplémentaires par le salarié et qu’elles aient des conséquences sur sa santé.
Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud s’interrogent sur le cadencement de ces CSE extraordinaires qui forcent toute la procédure d’information/consultation à être terminée en deux semaines(du 8 au 22 décembre 2023), alors même que l’avis d’inaptitude date de septembre 2023. Les Élus et les Représentants syndicaux du CSE IBM Centre-Sud ont rappelé à la Direction d’IBM France qu’au début de ses problèmes avec sa hiérarchie et afin de se préserver, dans le cadre du programme « champion for growth » (détachement chez un partenaire IBM), le salarié avait trouvé un poste dont le financement avait été approuvé par IBM. Cette solution n’avait pas pu aller à son terme à cause de l’arrêt du programme par IBM au moment de la crise sanitaire liée au Covid.
En réunion du CSE Central le 20 décembre 2023, la Direction d’IBM France a annoncé la reprise de ce programme début 2024.
Pourquoi ne pas alors attendre de trouver d’autres opportunités plus proches des attentes du salarié ? Quel est l’objectif réel de cet entêtement d’IBM à achever cette procédure avant fin décembre ? Ces questions restent sans réponse.
Pour toutes ces raisons, les élus du CSE IBM Centre-Sud émettent un avis négatif sur les offres de reclassement proposées au salarié à la suite de l’inaptitude médicalement constatée par le médecin du travail ».


